Wild crows c2

Wild Crows – Tome 1 – Chapitre 2

Découvrez en exclusivité le premier chapitre de Wild Crows, tome 1.
Famille, Quête de soi, romance, mafia, trafic… bienvenue à Monty Valley !

La sortie du 1er tome est prévue pour début 2018.

Bonne lecture !

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CHAPITRE 2

 

Je passai la porte, l’esprit encore ailleurs. Cet endroit m’avait vu grandir, et je l’avais rejoint deux ans plus tôt, afin d’accompagner ma mère dans son quotidien médicalisé ; j’avais alors lâché mon appartement. De toute façon, je venais de rompre avec mon copain de l’époque, Arthur, et avais besoin de changement. Ma mère et moi, nous nous complétions : ensemble, nous étions plus fortes. Je lui donnais tout l’amour que je pouvais, et m’efforçais de lui transmettre toutes les ondes positives qu’il m’était possible de puiser en moi. Elle agissait comme un pansement sur mes plaies, rendant mes peines de cœur plus douces. Elle était ce « bisou magique » que l’on s’amusait à évoquer pour qu’un enfant oublie vite son petit bobo. Mais désormais, cette grande maison me paraissait bien vide, comme suspendue dans le temps. Ma mère avait pris soin de tout mettre en ordre avant son dernier grand voyage. Tout avait été organisé par ses soins, jusque dans ses derniers instants. Je ne doutai pas une seconde de ses motivations : cette manière de ne rien laisser au hasard avant son départ trahissait son inquiétude me concernant, et n’avait que pour seul but de me protéger, moi, sa fille unique. Ces longs mois de maladie lui avaient laissé le temps de préparer « l’après ». Tout avait été planifié en amont, qu’il s’agisse de l’aspect administratif, ou même des problématiques d’ordre logistique. Une dernière fois, elle m’avait préservée, jouant son rôle de mère aimante et dévouée. Ma gorge se noua. Je me dirigeai vers le grand sofa bleu du salon et m’y effondrai, épuisée. Je laissai retomber le tas de documents du notaire sur le coussin voisin, l’enveloppe avec. Pourquoi avait-elle pris le temps de m’écrire un courrier ? S’agissait-il d’ultimes adieux ? Nous nous étions pourtant tout dit, au-delà du possible même. Pourquoi se perdre dans un au revoir supplémentaire, elle qui avait pourtant toujours affirmé que « l’on se reverrait un jour » ? Je déglutis avec difficulté. La curiosité l’emportait, devançant de peu le flot de peur et de douleur qui m’assaillaient pourtant avec une violence certaine. Elle semblait m’appeler, cette enveloppe. Un chant de sirène impitoyable mais trop intense pour que la sagesse s’en mêle. Je grognai.

J’observai la pièce autour de moi. Toujours ce silence, semblable au trépas, me rappelant chaque foutue seconde qu’elle n’était plus là, qu’elle ne reviendrait pas. Une vieille rengaine sifflotée par un destin bien vicieux. La réalité que je refusais toujours d’accepter, martelait mes tempes, puis ma tête, mon être tout entier même. Elle me consumait, effroyablement présente, dans chaque centimètre de cette maison.

Je connaissais parfaitement les phases du deuil. C’était le b.a.-ba dans le service dans lequel je travaillais, l’étage psy de l’hôpital de la ville. Et sans l’ombre d’un doute, j’affrontai le déni, la première d’entre elles, juste après le choc. Bientôt, la colère porterait ses fruits. Déjà, je la sentais monter en moi, menaçante. Mais pour l’instant, je me noyais littéralement, et la lueur de la surface semblait disparaître peu à peu. On perd tous nos parents un jour, mais rien ne nous y prépare. Je doute que l’on puisse s’en remettre vraiment.

Le temps paraissait comme arrêté dans la maison, et j’aurais presque pu entendre les fantômes de mon enfance et leurs rires espiègles s’élever un peu partout. Un passé révolu à jamais. Je reportai mon attention sur l’enveloppe, indécise.

Et puis mince, je cédai.

— Qu’est-ce qu’il te reste à me dire ?

Voilà que je parlais toute seule à voix haute ; rien n’allait plus. Je ris, amère. Puis je flanchai. Retenant mon souffle, j’attrapai l’objet de mon tourment et en déchirai l’ouverture. Avec délicatesse, je dépliai le papier chargé d’une écriture féminine et élégante. J’en frissonnai déjà, quoiqu’elle contienne. Dès les premiers mots, les larmes affluèrent. Pour chacun d’eux, j’entendais la douce voix de ma mère en train de les prononcer à mon intention.

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Ma jolie petite Joe,

Je te connais suffisamment pour savoir à quel point tu souffres au moment où tu lis ces mots. Et pourtant, sois en certaine, je vais bien.

L’heure est venue pour moi de rejoindre d’autres cieux. Mais toi, ma puce, tu vas devoir aller de l’avant, te relever, et affronter la vie.

Ton cœur est immense, bien trop grand pour rester vide. C’est pour cette raison que j’estime que le moment est venu de tout te dire. Parce qu’il faut que quelqu’un puisse y élire domicile à ma place, et parce que, non, mon ange, la solitude n’est pas faite pour toi. Tu débordes d’amour, et il te faut l’accorder à quelqu’un, c’est vital.  Tu ne peux pas t’isoler pour le restant de tes jours.

Alors voilà. Vingt-sept années se sont écoulées depuis que la vie m’a fait le plus beau des cadeaux. Toi. Et jamais tu n’as osé me poser LA question, sans doute par peur de me blesser, ou bien d’être déçue. Mais il est temps, désormais. Si tu préfères rester dans l’ignorance, je respecterai ton choix. Mais je crois sincèrement que tu auras besoin de cette vérité pour te reconstruire. Si tu me fais confiance, Joe, lis ce qui suit, s’il te plaît ma chérie.

Ton père.

Ton père se prénomme Jerry Welsh.

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Je marquai un arrêt pour essuyer les larmes devenues trop envahissantes, et tentai de calmer ma respiration anarchique. J’hésitai un instant, sous le choc de ces non-dits de longue date posés là sur le papier. Puis je repris.

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Aux dernières nouvelles, il dirige un petit commerce à Monty Valley en Californie. Il ne connaît pas ton existence, ma puce, et c’est sans doute mon plus grand regret. Non pas par rapport à lui, ou même à moi, mais pour toi. Parce que j’ai réalisé bien trop tard que j’avais fait le mauvais choix, que son absence dans ta vie créerait forcément un manque. C’est entièrement de ma faute, et j’en assume l’entière responsabilité. J’ai agis comme une mère, pour ton bien. Mais j’ai faillis. Aujourd’hui, j’espère qu’il est encore temps de changer la donne et de me racheter pour cette erreur, la plus grosse de ma vie. C’est un peu tard, mais je n’ai pas eu le courage de bousculer le passé plus tôt.

Mais toi, Joe, tu as cette force en toi, ce courage qui m’est étranger. Cette fougue aussi. Tu la tiens de lui.

Va retrouver ton père, ma puce. Donne-lui cette lettre s’il le faut. Il sera plus que surpris au début. Il sera sans doute sous le choc, en colère aussi. Puis il va paniquer, mais qu’importe. Personne ne peut nier l’évidence. Tu as ses yeux, Joe, sa détermination et son tempérament. Le temps fera bien les choses, j’en ai l’intime conviction. Une dernière fois, fais confiance à ta vieille mère, ma chérie. L’avenir t’ouvre les bras.

Eh bien voilà, cette fois-ci nous y sommes. Prends soin de toi, et ne ferme pas les portes à ceux qui te tendront la main. La jeune femme forte que tu es devenue restera ma plus grande fierté. Je t’aime mon ange, de tout mon être. Le moment venu, on se retrouvera, de l’autre côté. Mais d’ici là, vis. Dévore chaque seconde de ton existence et montre au destin ce dont tu es capable. Acharne toi, livre bataille autant qu’il le faudra pour défendre ce en quoi tu crois, afin que ton avenir soit à la hauteur de tous tes espoirs.

Je t’aime.

Maman.

 

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Je m’arrêtai de respirer, partagée entre choc et tristesse. Par ces derniers mots, j’eus le sentiment qu’elle me quittait une nouvelle fois. Un flot d’émotions trop emmêlées pour que je ne puisse les identifier me submergea. Les yeux embués, je peinai à réaliser ses propos. Des mots résonnaient encore dans ma tête meurtrie. Deux en particulier. Un prénom, un nom : Jerry Welsh. Mon père.

Je m’effondrai, complètement dépassée. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même, l’ombre d’une petite fille perdue face aux choix de la vie.

 

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