quelque chose de bleu

Quelque chose de bleu : une comédie romantique sur la côte basque !

Chapitre 1 – Les Couleurs de l’Amour

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Non, mais je n’en revenais pas ! Il se moquait littéralement de moi ! Plié en deux dans le canapé, mon cher et tendre pouffait de rire, n’osant même plus me darder le moindre regard, sans doute pour ne pas éveiller la furie qui bouillonnait à l’intérieur de mon corps.

— Paul, tu m’écoutes ?

Qu’est-ce qu’il pouvait m’agacer quand il se comportait de la sorte ! Je connaissais trop bien la raison de ces moqueries. Les détails de notre mariage n’avaient pas la moindre importance pour lui. Pour faire bref : il s‘en fichait. Seulement, détails ou pas, il fallait bien que quelqu’un tranche et donne les consignes à l’organisatrice que l’on payait – grassement, qui plus était – pour cela. Suzanne Herbert de chez « Instants d’absolu » me recontacterait cet après-midi et il lui faudrait des réponses. Impossible de se contenter d’un « faites comme bon vous semble, mon futur époux s’en contrefout ! ». Non, ce n’était pas une option envisageable.

— Écoute, mon cœur, j’ai bien compris qu’à tes yeux ce ne sont que des broutilles, mais il me faut une réponse. Alors, dis-moi simplement ce que tu aimerais ?

— Tu sais quoi ma chérie ? Je te laisse choisir, souffla-t-il en m’embrassant sur le front. Je fais une entière confiance à ton bon goût naturel pour ces choses-là.

Puis, il quitta notre sofa et empoigna la veste de son costume qui trônait sur l’une des chaises de la salle à manger.

— Je dois filer, mon client va m’attendre sinon.

Je soupirai, lassée de ce petit jeu.

— Je me demande si tu ne passes pas plus de temps avec tes clients et tes collègues qu’avec moi…

Un nouveau sourire vint illuminer les fossettes de mon grand blond. Face à ma mine déconfite, il se rapprocha de moi et glissa un index sous mon menton pour relever mon visage.

— Oui, mais je le fais pour nous. Et puis c’est avec toi que je passe tout mon temps libre…et mes nuits.

Sa voix n’était qu’un murmure, doux et sucré. Il n’en fallut pas plus pour me faire oublier ma rancœur. Mes lèvres se détendirent tandis qu’il vint les embrasser en guise d’adieu quotidien.

— À ce soir ma puce.

Un ultime sourire pour assurer sa sortie et mon brillant avocat disparut hors de ma vue. Je restai assise, béate, mon catalogue de mariage entre les mains.

— Merci pour ton aide… raillai-je.

Comme toujours, le grand Paul Vernier venait d’user de ses charmes pour faire flancher son auditoire. Et comme toujours, tout avait fonctionné comme sur des roulettes. Il devrait exister un texte de loi interdisant cela. Non, sans rire ! C’était trop facile : il s’en sortait toujours ! Et moi, je me contentais d’avoir le sentiment de me faire berner en beauté, et qui plus était, avec le sourire ! La cible parfaite ! Ah, l’Amour !

Paul et moi nous étions rencontrés cinq ans plus tôt lors d’une soirée organisée par des amis communs, à l’époque où nous vivions encore à Lyon. Nous nous étions plu immédiatement. Il fallait bien admettre que mon futur mari avait tout pour lui : un grand blond au physique de quater back américain, un regard vert à tomber, un sacré sens de l’humour et en prime, il était sur le point de devenir avocat. Très à l’aise avec les gens, il n’avait pas perdu une minute pour entamer la discussion avec moi. J’avais alors vingt-cinq ans, je travaillais chez Joe, un pub situé dans le quartier des bars de la ville. Par chance pour mon fiancé, j’étais seule – désespérément seule – et je rêvais de connaître mon conte de fées. Voilà comment, en l’espace de quelques heures, quelques jours, il avait pris cette place si particulière, celle de l’homme de ma vie.

Cinq ans plus tard, Paul était devenu l’un des avocats les plus demandés de la Nouvelle-Aquitaine, ses pairs vantant à tout-va son brillantissime travail. Autrement dit, cette autre vie qu’il menait sans moi, loin de moi. Je soupirai. Bien sûr, j’étais fière de ce qu’il avait accompli, de cette carrière qu’il avait su construire au prix d’efforts non négligeables et de patience. Mais je devais bien l’admettre : il me manquait. De plus en plus souvent. Son métier n’était pas de tout repos et impliquait de longues heures de travail, des imprévus fréquents et une disponibilité de plus en plus importante. Paul donnait le change en me couvrant de cadeaux, de mots tendres et de douceur. Et moi, toujours aussi faible que cinq ans plus tôt, je cédais, rangeant aussitôt ma moue agacée au placard et arborant à nouveau ce regard amoureux.

Lorsque je râlais – ce qui, entre nous, arrivait souvent – il se contentait de répondre que tous ces sacrifices n’avaient qu’un but : nous assurer un cocon douillet et une situation convenable. Bien évidemment, je ne crachais pas sur notre superbe appartement, ni sur notre train de vie que l’on pouvait qualifier de « très confortable ». Mais l’argent ne faisait pas le bonheur et parfois, j’aurais bien échangé un peu de mon confort contre du temps en sa présence. Il me manquait, souvent, trop souvent. À plusieurs reprises, j’avais tenté d’aborder le sujet avec Paul, mais il se contentait de hausser les épaules, l’air navré. C’était ainsi et aucun changement ne semblait prévu dans son plan de vie.

Plan de vie. Projet de vie ! Merde !

Mon cœur sauta un battement. J’avais complètement oublié ce truc-là ! Bien que non croyante, j’avais accepté le souhait de Paul de faire une cérémonie à l’église, afin de respecter les coutumes de sa famille, enfin, autant dire le bon vouloir de « Beau-Papa ». Si, au début, j’avais cédé assez facilement, ma bonne humeur avait disparu le jour où ce cher Père Didier nous avait précisé les différentes étapes imposées avant la cérémonie. Parmi elles, une journée passée avec des fidèles de la paroisse et les fameux « projets de vie »… Autant dire que tout ça m’était complètement sorti de la tête. La religion, très peu pour moi. On m’avait baptisée, mais cela s’était arrêté là et d’un côté, tant mieux. Je respectais les croyances de chacun, mais n’en ressentais simplement pas le besoin pour vivre. Quant à ce fameux « projet de vie », cela consistait en un texte dans lequel les fiancés devaient inscrire leurs souhaits pour leur vie à deux. Chacun des futurs époux avait obligation de le rédiger et de le transmettre à l’homme de foi qui les unirait. Moi qui rêvais d’un mariage à l’américaine, c’était bien ma veine… pas de grande allée bordée de fleurs dans un parc, pas de demoiselles d’honneur en pagaille, ni de discours personnalisés de nos proches. Par courtoisie envers mon beau père, nous écoperions pour notre jour J de chants d’Église et de prières. Ainsi soit-il. Rien ne nous empêcherait de renouveler nos vœux d’une autre manière dans… dix ans ? À moins que Paul ne me fasse la surprise d’une cérémonie improvisée lors de notre voyage de noces… Mais, non, je ne comptais pas là-dessus. Si mon cher et tendre pouvait se vanter de nombreuses qualités, le romantisme et les initiatives originales avaient déserté notre vie voilà fort longtemps. Je ne m’en plaignais pas vraiment, de toute manière, j’imaginais que c’était le cas de tous les couples vivant ensemble depuis plusieurs années. L’amour évoluait. La passion des débuts devenait une complicité avec un « et plus si affinités » notifié en petits caractères en bas de page.

Et malgré tout, je devais bien avouer que notre vie à deux me donnait l’impression d’un véritable cocon douillet où le sourire l’emportait toujours, avec parfois, une dose de tendresse, une petite attention, qui faisait oublier les zones ombragées. J’aimais mon bel avocat et il me le rendait bien.

Lenaïck et Paul Vernier.

Voilà qui sonnait d’une jolie manière.

Je laissai mon regard replonger sur le catalogue de notre organisatrice. Sans la moindre conviction, je fermai finalement les paupières et fis défiler les pages au hasard. Lorsque je les rouvris, le thème de couleurs qui se présentait à moi me ravit.

— Champagne et doré.