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Chapitre 2

HAAKON

Elle s’apprêtait à partir en douce, sans le moindre au revoir. Certes, elle ne me doit rien, cela dit, je ne m’attendais pas à tant de lâcheté de sa part, pas après les épreuves que nous avons traversées ensemble.

— Tu peux prĂ©ciser ? demandĂ©-je Ă  Yana, avec qui je compte bien avoir une discussion en apartĂ© ensuite.

Elle souffle bruyamment, exaspérée que je ne comprenne pas ses agissements du premier coup.

— Tu es en train de sombrer de nouveau, Haakon, avoue-t-elle Ă  mi-voix. 

Merde, je ne pensais pas qu’elle oserait aborder « mon cas Â» devant un public. Le coup vache.

— On sait tous les deux que tu ne sortiras vraiment de tout ça que lorsque tu auras Ă©clairci le mystère de la mort de tes parents. Sinon, ce sera un continuel recommencement avec des phases montantes et des rechutes… et lĂ , tu chutes.

Je déteste me retrouver au cœur des attentions. La lumière que Yana m’offre rebute mon ego. Et je ne comprends toujours pas en quoi cela concerne Iris.

— Qui mieux qu’une journaliste pour t’aider Ă  enquĂŞter ?

Elle lève les paumes vers le ciel comme si son raisonnement coulait de source. De mon côté, je suis sidéré par sa naïveté.

— Heu, si je peux me permettre, intervient la rouquine, je ne suis pas reporter de guerre, juste journaliste…

Mais la brunette ne voit pas les choses sous cet angle.

— Et alors ? Tu as les mĂŞmes compĂ©tences, non ? Tu sais oĂą chercher les informations, relier des Ă©vĂ©nements, dĂ©chiffrer les mensonges ?

La Française hésite à répondre.

— La plupart du temps, oui…

— C’est bien ce que je disais ! Donc, selon moi, elle peut t’être d’une grande aide, Haakon.

— Qu’est-ce qui ne tourne pas rond, chez toi ? demandĂ©-je Ă  mon interlocutrice.

— C’est ça, râle autant que tu veux, un jour tu me remercieras.

— Tu as parlĂ© d’entraide, dit alors Levi.

— Oui, j’y viens ! J’ai pensĂ© que puisqu’Iris se retrouvait sans emploi, sans logement, sans rien, quoi…

— Merci pour le portrait, grommelle la principale concernĂ©e, m’arrachant presque un sourire.

— â€¦ tu pourrais l’aider Ă  redorer son statut de journaliste en lui donnant de quoi faire un putain d’article que tous les magazines s’arracheraient.

Je la toise, interdit. Je ne sais pas combien de voix se battent dans sa tĂŞte, mais une chose est certaine : Yana ne manque ni d’air, ni d’idĂ©es. Elle m’épuise.

— OK. D’un, je n’ai pas besoin d’aide, me contentĂ©-je de rĂ©pondre Ă  sa proposition.

Levi et la brunette échangent un regard éloquent. Ils m’emmerdent tous.

— De deux, quand tu as fait le chemin pour aller chercher Iris, tu ne pouvais pas savoir qu’elle avait dĂ©missionnĂ©, alors toutes ces conneries d’entraide, tu viens de les improviser pour me manipuler et je dĂ©teste ça.

Elle ne moufte pas, prise au dépourvu. Ce n’est pas parce que je parle peu que je ne vois pas ce qui se trame dans la tête des gens.

— Et de trois, Storm ne voudra pas collaborer avec Iris. 

— Pourtant, c’est lui qui l’a fait venir, contre Yana.

— Les choses ont changĂ©.

— Justement, je connais vos fichues règles, « moins t’en sais, mieux tu te portes Â», bla, bla. Mais moi, j’en ai assez. Il vient de te foutre dehors, ton propre oncle ! Alors j’aimerais enfin comprendre quelque chose ! Et puis, pourquoi Storm en voudrait Ă  Iris ?

— Parce qu’il veut me tuer ? hasarde la rouquine, sarcastique.

Je lui jette un regard noir. Yana n’a pas besoin de connaître ces détails.

— Mais je rĂŞve ! s’exclame la brunette. Pourquoi ?

— Ce sont les affaires du club, lui explique Levi pour clore lĂ  le sujet.

Mais c’est mal connaĂ®tre celle Ă  qui il s’adresse. 

— Rien Ă  faire ! Pourquoi Storm voudrait tuer Iris ? 

— Yana…, insiste mon pote.

— Parce que j’en ai trop vu, termine Iris.

Voilà qui provoque un blanc. L’Ukrainienne nous observe à tour de rôle, bouche bée.

— OK, je sais bien, depuis le temps, que le club n’a rien d’une bande d’enfants de chĹ“ur, mais merde. Haakon !

Je ne réponds rien. Elle ne pourrait pas comprendre.

— Levi ! 

Il ne dit rien non plus. Si elle savait, elle aussi a occupé cette position un jour, face à Storm. Autant qu’elle reste dans l’ignorance.

— Bon, très bien, j’en parlerai Ă  Storm moi-mĂŞme.

— N’y pense mĂŞme pas, l’avertit Levi.

— Pourquoi ? Que crois-tu qu’il pourrait me faire ? 

Le silence qui suit répond pour nous.

— Je vis chez Storm depuis des annĂ©es ! Il me considère comme sa fille…

Nouveau calme plat qui laisse sous-entendre la vérité que l’on cherche à taire.

— Disons que, pour Storm, le club passera toujours avant le reste, conclus-je. 

Yana me fixe, stupéfaite par la froideur de cette annonce. Oui, avant elle, avant moi.

— J’en ai assez entendu. Vos diffĂ©rends sont entre vous deux. Je refuse de croire que Storm pourrait faire du mal Ă  Iris… ou m’en faire Ă  moi.

— Peut-ĂŞtre que tu l’as mis sur un piĂ©destal, tout compte fait, balance Levi, qui perd patience.

— Alors toi aussi, tu retournes ta veste ?

— Pas envers le club, non, mais je ne vais pas prĂ©tendre que Storm est un chic type. Ce n’est pas toujours le cas. 

— C’est votre PrĂ©sident, souligne Yana, Ă©bahie.

Silence radio.

— Waouh… j’ai l’impression d’avoir manquĂ© beaucoup d’épisodes, chuchote-t-elle, les poings ancrĂ©s sur les hanches.

— Storm ne va pas apprĂ©cier qu’Iris soit « de retour Â», prĂ©vient mon meilleur ami.

Je le rejoins totalement lĂ -dessus.

— Je crois que j’aurais mieux fait de prendre mon vol, soupire cette dernière, tout aussi dĂ©passĂ©e que nous.

Non. 

Enfin si, elle aurait dû s’en aller… mais une part de moi est contente de la voir ici, même si mon ego peine à l’admettre. Elle se baisse pour saisir son sac, la mine déçue et s’apprête à nous fausser compagnie quand Yana la retient… je crois bien que si elle ne l’avait pas fait, j’aurais pris sur moi de m’en charger, quitte à réduire à néant le peu de fierté qu’il me reste.

— Reste, la supplie la brune, avant de nous jeter un regard accusateur. Ces deux crĂ©tins ne le savent pas encore, mais ils ont besoin de tes super-pouvoirs. Et toi, tu vas avoir besoin d’eux. 

Elle semble hésiter, croise mes yeux et s’y accroche un instant, les siens remplis de questions. J’y lis aussi une pointe de rancœur. Alors, je me contente de hocher la tête.

— Je refuse de m’imposer. 

Sa dignitĂ© aussi a pris une raclĂ©e, et c’est un peu notre faute. 

— D’accord, dĂ©cidĂ©-je, comme si le mot de la fin me revenait.

Yana se tourne vers le propriétaire de l’appartement.

— Levi ?

Ce dernier hausse les épaules, nonchalant.

— Si partager le canapĂ© avec « ton mari Â» ne dĂ©range pas Iris, c’est OK pour moi.

Je fais abstraction de la manière dont il a appuyé sur ces mots, conscient que tôt ou tard, le sujet sera posé sur la table.

C’est à cet instant que Freya se met à aboyer comme si on venait de lui proposer une tranche de poulet rôti. Ce n’est pourtant pas dans ses habitudes. Iris éclate de rire et lui caresse le haut du crâne. J’apprécie de savoir que mon molosse ne l’effraie pas, certaines personnes s’arrêtent aux apparences… pas elle.

— Je nous commande des pizzas pour ce midi, on a beaucoup de choses Ă  se dire, je crois, annonce Yana d’un air entendu.

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