Quelques jours avant le début de Wild Legend

XANDER


Je me sens bien.

Pour la première fois depuis plusieurs semaines, j’ai le sentiment de ne plus souffrir.

Je sais que cela ne durera pas, alors je savoure ces secondes suspendues, tandis que le soleil perce par la fenêtre de ma piaule. Une mèche de cheveux blonds me chatouille le cou. La déesse au corps nu enchevêtré au mien me laisse songeur. On dirait un ange tombé du ciel. Je sais pourtant qu’il n’en est rien. Lilly ferait rougir le diable en personne, parfois. J’aime son franc-parler et la façon qu’elle a de croire en elle et en ses capacités.
D’une certaine manière, c’est ce qu’il me manque cruellement, et plus encore depuis…

— T’es déjà réveillé ? souffle-t-elle en ondulant légèrement pour relever son visage en face du mien.

Elle m’offre le réconfort dont j’ai besoin en ce moment, et peut-être même plus.

J’aime sa compagnie, et commence à prendre mes marques lorsque nos moments à deux se prolongent, comme cette nuit.

— Désolée, je n’avais pas prévu de rester, enchaîne-t-elle après un bâillement. Mais j’étais crevée, je me suis endormie.

Fin de la réflexion mièvre.

Lilly ne mange pas de ce pain.

Est-ce des regrets qui remuent déjà au fond de mes tripes ?

Pourtant je connais la chanson. Une sweetie reste une sweetie, hormis de rares exceptions. D’ailleurs, je n’ai pas pour projet de me marier demain et de faire une tripotée de marmots. 

Non, j’ai juste besoin de compagnie. De tendresse.

La jolie blonde se rassoit dans le lit en me gratifiant d’une vue plongeante sur ses reins. Son corps est une arme de destruction massive pour les cœurs trop sensibles. 

— C’est pas grave, ça ne me dérange pas.

Elle se contente de hausser les épaules.

— Tu serais donc une denrée rare parmi les autres gars du club ?

J’aimerais me contenter de son départ et reprendre ma journée comme si de rien n’était, pourtant, ce matin, quelque chose coince. J’ai beau connaître ses relations sans lendemain avec plusieurs de mes “frères”, j’ai de plus en plus le sentiment de me sentir à l’étroit dans ce schéma répétitif. Sa remarque me fait l’effet d’un petit coup de poignard. Bien sûr que je ne suis pas le seul à profiter de ses faveurs… même si, je l’admets, j’aimerais que la situation évolue en ce sens. J’en suis le premier surpris.

Je ne veux plus la partager.

— Tu pourrais peut-être… t’endormir plus souvent ici ? suggéré-je, peu à l’aise sur ce terrain nouveau.

Tout en enfilant son débardeur, Lilly marque un temps d’arrêt avant de se retourner vers moi. Un sourire amusé lui échappe, comme si ma demande lui semblait loufoque. Puis elle se relève pour enfiler sa culotte et son jean. 

— Mais bien sûr, et tu ne veux pas aussi que je laisse ma brosse à dents ici ? me nargue-t-elle avec un sourire malicieux et tendre à la fois.
C’est tout elle, ça.

Un visage d’angelot, un tempérament de démon. Je ne pense pas être le seul à m’y être cassé les dents…

Je ris malgré moi, conscient que ma requête la perturbe. Pourtant, cette fois, je refuse de faire machine arrière, sans doute parce que la simple idée de la savoir avec d’autres en même temps que moi me révulse de plus en plus. Je me redresse dans le lit, appuyé sur mes mains, et tente de reprendre.

— Je ne te demande pas de m’épouser, plaisanté-je. Je me dis juste que ça fait un moment qu’on se voit de façon plus…

— ”régulière” suggère-t-elle, consciente du double-sens de ce mot dans nos échanges.

Je déglutis.
Précisément.

Un nouveau rire coupe court à mes maigres espoirs.

— Écoute, Xander, commence-t-elle en caressant ma barbe de trois jours, tu sais que j’aime passer du temps avec toi. On s’entend bien. Et dernièrement, je sais que tu avais besoin d’une présence à tes côtés avec ce qu’il s’est passé, mais… je crois qu’on devrait sans doute mettre un peu de distance. Je n’ai pas l’intention de poser mes bagages chez toi. J’aime m’amuser, prendre du bon temps…

— Avec moi et avec les autres, complété-je avec une amertume mal dissimulée.

Lilly ne répond rien, mais sa grimace navrée le fait pour elle.

— Je n’ai jamais insinué que notre… “relation” évoluerait…

— Tu as raison. C’est probablement moi qui déconne.

— Je ne te jette pas la pierre… tu as traversé une période compliquée. On a tous besoin de réconfort, par moment. J’étais là…

Ce n’est pas “juste” ça… je ne crois pas.

Pourtant, par fierté, j’acquiesce, préférant m’échapper tant qu’il est temps plutôt que d’aggraver ma situation.

Elle embrasse ma joue avec la malice d’une enfant et un sourire tout neuf avant de récupérer son portable sur la table de chevet.

— Je dois filer. On m’attend au club.

— T’es pas en congés ?

— Si, mais… j’ai promis à Chris d’aller faire un tour en bécane avec lui…

Mon ego reçoit un uppercut.

Chris, alias le nouveau prospect du club, fraîchement débarqué il y a deux mois, sous le parrainage de Bigma. Un minot à la gueule d’ange avec qui je n’ai aucun atome crochu. Et par-dessus tout, un mec à gonzesses. Toutes craquent… et j’ai bien l’impression que Lilly fait partie de son fan-club. Je les ai déjà vus traîner ensemble tous les deux. Peut-être font-ils déjà plus que seulement “traîner ensemble”. Je ne suis probablement pas à la page, et ça me fait enrager. 

— Il est… sympa, peiné-je à articuler, hypocrite.

— Très, ouais. On s’amuse bien. 

— Tu le vois souvent ?

Ma question la fait tiquer.

— Xander…

— Simple curiosité.

— Plutôt, oui.

Elle soupire, attrape son sac à main et le porte à l’épaule.

— Écoute, cette discussion ne va nulle part. Je ne t’appartiens pas, je suis une femme libre. 

— Je sais tout ça.

Et jusque-là, j’aimais cette relation sans prise de tête…

Sa moue se transforme progressivement en un sourire en coin, tandis qu’elle se mord la lèvre.

— On laisse passer quelques jours, et on avis ensuite… ça m’embêterait de ne plus pouvoir goûter à l’extase façon Xander…

Son air encanaillé m’arrache un sourire, mais le cœur n’y est pas. Quelque chose vient de se rompre au fond de moi. Sans doute l’un des derniers morceaux de confiance qu’il me restait. Des ruines. Tout au plus.

— On se voit plus tard ! lance-t-elle avant de disparaître.

Ma porte d’entrée claque quelques secondes plus tard et je reste comme un crétin, figé, hébété par les vérités qui viennent d’être prononcées. J’allume une clope et quitte mon pieu pour aller aérer la chambre. Le soleil brille déjà fort, pourtant, rien de bien joyeux ne s’invite dans mes pensées. Juste l’abominable sensation d’échouer, encore et encore. 


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