Jules

Ils vont avoir ma peau.
Les loups jouent comme des foutus dĂ©butants. ça ne leur ressemble pas. On a jamais Ă©tĂ© si mauvais
 surtout pour ce derby ! Nathan Ă  loupĂ© plusieurs tirs, Lucas a oubliĂ© comment on faisait une passe et Geoffray est une vraie passoire
 ce serait risible si les types en face n’étaient pas nos ennemis jurĂ©s.
Les leurs.
Je ne joue plus.
Il n’y a plus de “nous”.

Le brassard de capitaine a Ă©tĂ© refilĂ© Ă  jeremy, le doyen de l’équipe. 

Pourtant ça me bouffe, quand je les vois se prendre une branlĂ©e pareille, j’ai qu’une envie, chausser mes patins et monter sur cette foutue glace pour tout donner. 

Je me rassieds aprÚs un éniÚme but encaissé par mes anciens coéquipiers.
J’aurais mieux fait de ne pas venir, aprĂšs tout, c’était ma dĂ©cision de partir. Autant l’assumer jusqu’au bout. Mais la vĂ©ritĂ©, c’est que patiner, c’est comme chanter ou jouer de la gratte pour moi. Ça m’aide Ă  respirer, mĂȘme quand l’air me manque. Alors ce soir, et chaque soir oĂč je viens me glisser en tribune, je vis ça par procuration. 

C’est pas juste le fait de patiner, parce que ça, je peux le faire seul. C’est de le faire en Ă©quipe, de se casser la gueule ensemble, de se relever ensemble. D’ĂȘtre un membre Ă  part entiĂšre de cette famille de coeur. C’est quitter la solitude durant quelques minutes pour se perdre dans une osmose spĂ©ciale. 

Mais j’ai raccrochĂ©.
Je ne veux plus rien avoir Ă  faire avec Nathan. 

Si je suis mouillĂ© dans cette affaire, lui, Ă  l’inverse de moi, n’a pas de regret. Et ça, ça me dĂ©passe. 

Je sursaute quand quelqu’un prend place Ă  cĂŽtĂ© de moi. Ma premiĂšre rĂ©action, c’est la colĂšre. Je suis dĂ©jĂ  en rogne avec la dĂ©faite qui se profile, mais bon sang, j’ai choisi cette place pour avoir la paix. Je ne suis pas une bonne compagnie, pas en ce moment.

Pourtant, tout s’envole quand je vois ses yeux de biche, ses longs cils noirs, ses iris assorties qui hĂ©sitent entre peur et autre chose, autre chose qui bat aussi la chamade dans tout mon corps. trop vite, trop fort.
Elle ne dit rien, les mains enfouies dans sa veste en cuir doublĂ©. Elle a attachĂ© son afro et sa lui donne une autre allure, tout aussi dĂ©licate qu’en temps normal. Elle fixe dĂ©sormais la glace, muette, peu Ă  l’aise. Ses pieds ne cessent pas de bouger, et moi je reste comme un crĂ©tin, stupĂ©fait qu’elle soit venu s’installer Ă  cĂŽtĂ© de moi alors qu’elle me fuit depuis nos derniers Ă©changes.

— Salut, glisse-t-elle, comme une rĂ©ponse tardive Ă  mon premier “salut”, une heure plus tĂŽt, et captivĂ©e par le match devant nous.

— Alors, t’étais un loup blanc, avant ?

C’est tout ce qu’elle trouve Ă  me dire. Je ris malgrĂ© la situation, touchĂ© par sa fĂ©brilitĂ©. 

— C’est loin tout ça, me contentĂ©-je de rĂ©pondre.

— Mais t’es là.
— Je suis là.

— Ça te manque ?

Sa question me prend au dĂ©pourvu. Je pourrais mentir, faire comme si ce n’Ă©tait qu’un dĂ©tail, mais Ă  quoi bon ? À force de dissimuler, de faire semblant, j’ai tout perdu. Elle en premier lieu.

— Ouais… ça me manque, admets-je en suivant des yeux la silhouette de Nathan qui s’Ă©lance sur la glace. Pas juste patiner, mais… tout ça.

Je fais un geste vague vers la patinoire. Elle suit mon regard, et je me demande ce qu’elle voit. Pour elle, ce n’est sans doute qu’un match violent, des corps qui s’entrechoquent, des cris, de la sueur. Pour moi, c’est toute une partie de ma vie que j’ai dĂ» abandonner.

— Pourquoi avoir arrĂȘtĂ©, alors ?

Je me tourne vers elle, surpris qu’elle s’intĂ©resse Ă  ça. Depuis Paris, depuis ce dossier sur Élise, je pensais qu’elle ne voudrait plus jamais me parler. Et pourtant, la voilĂ , assise Ă  cĂŽtĂ© de moi, frissonnant dans sa veste en cuir malgrĂ© sa doublure en mouton.

— C’Ă©tait plus possible, rĂ©ponds-je simplement.

Je vois Nathan faire une passe Ă  JĂ©rĂ©my, mon remplaçant. Des souvenirs me submergent. Les entraĂźnements aux aurores, les matchs sous tension, l’adrĂ©naline qui pulse dans les veines, la camaraderie qui devient une seconde famille.

— À cause d’Élise ?

Je soupire, j’aimerais la laisser en paix. A quoi bon dĂ©ranger les morts avec ces souvenirs ?

— On a rencontrĂ© Hannah.

Cette annonce me scie sur place alors que je me relevais pour suivre l’action sans doute dĂ©cisive du jeu.
Nathan marque et la foule explose. Je me rĂ©jouis pour les loups, mais sa prĂ©sence m’indispose toujours autant. Je me rassieds. Ambre me fixe, cligne des yeux, comme si elle cherchait Ă  lire en moi.
— La coloc d’Elise.
— Je sais qui elle est. “On” ?
— Pardon ?

— Tu as dit “On a rencontrĂ© Hannah”.
— Margaux et moi.

— Et qu’est-ce que ça vous a apportĂ© ?

— Elle nous a parlĂ© d’Élise. Elle nous a confiĂ© qu’elle Ă©tait solaire, avant que ChloĂ© ne se mettre Ă  la harceler


— Ouais, c’était une chouette fille


Des souvenirs refont surface. Je me surprends mĂȘme Ă  sourire, nostalgique, juste avant que le clichĂ© de sa mort ne me heurte de nouveau. Je dĂ©glutis, les tripes Ă  l’envers.

— Elle nous a aussi parlĂ© de toi.

Mon coeur accĂ©lĂšre. Et cette fois, ce n’est pas la prĂ©sence d’Ambre qui en est la responsable, mais le simple fait qu’une fois encore mon prĂ©nom soit associĂ© Ă  tout ce drame. Si seulement un jour, je pouvais laver mon ardoise, repartir de zĂ©ro
 mais le pire des poids, c’est la culpabilitĂ©, et ça, personne ne saura me l’enlever.

— Elle nous a dit que vous Ă©tiez proches


Je ne sais pas si c’est une question ou une affirmation, mais le ton de sa voix baisse lĂ©gĂšrement. J’oublie le match, me retourne vers elle, feint que son charme ne m’atteint pas autant qu’il opĂšre en rĂ©alitĂ©, mais je suis un piĂštre menteur, et je n’aime pas tricher. Elle a beau donner l’impression d’ĂȘtre dĂ©tachĂ©e de ce qu’elle vient d’énoncer, ses prunelles semblent attendre mon intervention.

— On Ă©tait amis.

Elle entrouvre légÚrement les lÚvres, comme si elle allait poser une autre question puis elle se ravise et baisse le visage.

— Juste amis, dĂ©cidĂ©-je d’ajouter. 

Je la vois inspirer de nouveau. Et c’est lĂ  que je comprends. Elle a beau me fuire et avoir peur de mes ombres, quelque chose en elle s’est liĂ© pour de vrai Ă  quelque chose en moi. Elle rouvre ses yeux dans ma direction et j’y dĂ©cĂšle une once de soulagement.

— Selon Hannah, tu Ă©tais la seule autre personne Ă  essayer de l’aider quand ChloĂ© a commencĂ© Ă  la harceler.

Mon cƓur se serre. Ces moments que j’avais tentĂ© d’enfouir au plus profond de ma mĂ©moire reviennent me hanter.

— Mais aussi que tu avais rompu avec ChloĂ© avant… avant ce qui est arrivĂ©. Que tu n’approuvais pas ce qu’elle faisait.

Je ferme les yeux un instant, je revois le visage d’Élise, sa voix qui se brisait parfois quand elle me parlait des humiliations qu’elle subissait. Au dĂ©but, elle avait tentĂ© de se dĂ©brouiller seule et de ne rien me dire, mais j’ai fini par m’en rendre compte. Comme avec Ambre


— Hannah pense aussi que tout ça a Ă©tĂ© Ă©touffĂ©, poursuit Ambre. Que ChloĂ© a Ă©tĂ© protĂ©gĂ©e par son pĂšre.

— Elle a raison, confirmĂ©-je. Battelier a tout fait disparaĂźtre. Les preuves, les plaintes, les tĂ©moignages… Tout.

— C’est pour ça qu’on a besoin d’agir maintenant.

Je relĂšve la tĂȘte, surpris par la dĂ©termination dans sa voix.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— On ne peut pas laisser ChloĂ© s’en tirer comme ça, continuer Ă  faire souffrir d’autres Ă©lĂšves sans jamais ĂȘtre inquiĂ©tĂ©e.

— Tu veux… la faire tomber ?

— Je veux qu’elle rĂ©ponde de ses actes. Qu’elle reconnaisse ce qu’elle a fait. Qu’Élise obtienne enfin la justice qu’elle mĂ©rite.

Je la regarde, impressionnĂ© par cette force tranquille qui Ă©mane d’elle.

MalgrĂ© moi, un rire m’échappe, juste soufflĂ©.

— Je ne comprends pas
 tu risques gros. Pourtant, tu ne la connaissais mĂȘme pas.

— Peut-ĂȘtre pas physiquement, non, mais son histoire
 c’est un peu la mienne. Et celle de beaucoup trop de gens. On se ressemble sur beaucoup de points, je crois


Plus qu’elle ne l’imagine.

— Je ne veux pas que cette fille sacrifie d’autres Ă©tudiantes. Quelqu’un doit l’arrĂȘter.
— Et ce sera toi ?
— Peu importe. Je n’ai rien d’une hĂ©roĂŻne. Mais je ne suis plus une victime.

— Tu n’as jamais Ă©tĂ© une victime, dis-je presque tout bas.

Mes mots l’interpellent.
— Tu ne te vois pas comme moi je te vois, ajoutĂ©-je.
LĂ  encore, elle se retient d’en demander plus. Que craint-elle ? Que mes aveux fassent cĂ©der les barricades qu’elle Ă©rige entre nous ?
La foule entame de nouveaux cris, et j’en oublie jusqu’à tout ce qui nous entoure, tant ce silence qui nous lie a de sens. Merde. Elle peut me dĂ©tester, me fuir, m’en vouloir autant qu’elle veut, mais j’ai besoin d’essayer. Essayer de rĂ©duire ce putain d’espace qui nous sĂ©pare, essayer de voir si elle me repousse quand l’évidence explose Ă  ce point. Alors j’attrape sa main dans la mienne, mes yeux rivĂ©s Ă  nos doigts. Une fraction de seconde s’éternise et me fiche une trouille sans pareille. Mes iris  s’arriment aux siennes, suppliantes. L’alchimie qui danse entre nos Ăąmes ne s’explique pas, elle se subit de plein fouet, et le pire c’est que j’en redemande. Et si elle dĂ©cide que tout doit s’arrĂȘter, alors j’aurais au moins dĂ©vorer ces secondes suspendues. Ses yeux ne mentent pas plus que les miens. Et mĂȘme si la trouille se loge derriĂšre leur noir luisant, je perçois Ă  quel point elle aussi, tremble pour une atoute autre raison. Ce “nous” avortĂ© trop tĂŽt, avant mĂȘme qu’on lui donne une vĂ©ritable chance. 

— Ambre


Nos visages se rapprochent ne sont plus qu’à quelques centimĂštres l’un de l’autre. Mais un Ă©niĂšme but des Grizzilis dĂ©clenche la fureur des supporters et fait Ă©clater notre bulle. Juste assez pour qu’elle reprenne ses distances. Elle cligne plusieurs fois des paupiĂšres, comme pour couper le flow qui nous unissait. Puis elle racle sa gorge, dĂ©gage ses doigts des miens, se tend. 

— Tu savais qu’Elise avait un journal ?

—… du genre, un carnet intime ?

Je peine Ă  atterrir. Son dĂ©tachement soudain me foudroie. 

— Oui. Hannah nous a confiĂ© qu’elle en avait un et qu’il a disparu. Élise y notait tout, murmurĂ©-je. Y compris les abus dont elle Ă©tait la cible, chaque insulte, chaque menace. C’Ă©tait comme… sa façon de se protĂ©ger, de garder des preuves.

— Non, j’en savais rien..

On ne parlait pas de ça, on se contentait de faire de la musique, parce qu’elle comme moi, on vivait pour ça.

— Tu crois que ChloĂ© ou son pĂšre l’ont rĂ©cupĂ©ré  ? demandĂ©-je.

— Si c’est le cas, ils ont dĂ» le dĂ©truire pour ĂȘtre sĂ»rs qu’il ne tombera jamais entre de mauvaises mains.

Je mĂ©dite ses paroles. C’est logique, en un sens. 

— Hannah nous a aussi parlĂ© de quelque chose qu’Élise aurait dĂ©couvert juste avant sa mort, ajoute Ambre. Quelque chose d’important qui aurait pu changer la donne.

Je hoche la tĂȘte, le souvenir de mon dernier appel avec Élise me revenant avec une clartĂ© douloureuse.

— Elle m’a appelĂ© aussi, la veille. Elle Ă©tait excitĂ©e, fĂ©brile. Elle m’a dit qu’elle avait trouvĂ© quelque chose qui pourrait enfin faire cesser ses problĂšmes. On avait rendez-vous le lendemain pour qu’elle me montre, mais…

Ma voix se brise. Ambre pose dĂ©licatement sa main sur mon bras, un geste de soutien qui me touche plus que je ne l’aurais cru.

— Et tu n’as jamais su ce que c’Ă©tait ?

— Non. Le lendemain, elle Ă©tait… partie.

— Tu penses que c’Ă©tait liĂ© Ă  ChloĂ© ? Qu’elle avait trouvĂ© quelque chose contre elle ?

— Probablement. Élise cherchait un moyen de se dĂ©fendre, de faire cesser tout ça. Si elle a dĂ©couvert quelque chose de compromettant sur ChloĂ©…

— Alors on doit le retrouver, conclut-elle avec fermetĂ©. On doit finir ce qu’Élise a commencĂ©.

Sur la glace, un joueur des Loups tombe lourdement, bousculĂ© par un adversaire. La foule hurle Ă  la faute, l’arbitre siffle. Mais ni Ambre ni moi ne prĂȘtons attention au match dĂ©sormais.

— Tu vas m’aider ? demande-t-elle en me regardant droit dans les yeux.

— Bien sĂ»r. Je ferai de mon mieux
 

Ma rĂ©ponse est immĂ©diate, sans hĂ©sitation. Comment pourrais-je refuser ? Comment pourrais-je tourner le dos Ă  cette chance de rendre enfin justice Ă  Élise ?

— Mais on doit ĂȘtre prudents, ajoutĂ©-je. ChloĂ© n’est pas du genre Ă  se laisser faire, et son pĂšre encore moins.

— Je sais tout ça, mais ça ne suffit pas à me faire abandonner.

Un rugissement s’Ă©lĂšve des gradins. Les Loups ont marquĂ©, rĂ©duisant l’Ă©cart avec leurs adversaires. Autour de nous, les supporters exultent, mais nos esprits sont ailleurs, concentrĂ©s sur une mission qui, pour la premiĂšre fois depuis des mois, me semble peut-ĂȘtre rĂ©alisable.

— J’ai fini mon boulot pour ce soir, dit-elle en se levant. Je devrais rentrer, la journĂ©e a Ă©tĂ© longue. 

— D’accord
 tu veux que je te raccompagne ?

C’est con, je n’ai rien d’un chevalier servant ni elle d’une princesse en dĂ©tresse. Mais je n’y peux rien, c’ets plus fort que moi, ce dĂ©sir de la protĂ©ger.

— C’est gentil mais ça va. C’est l’avantage de bosser Ă  deux pas de l’école.

— OK
 On se voit demain ? 

— Oui, en cours


Ou comment me laisser entendre que ce rapprochement était une erreur.

Elle hésite un instant, comme si elle voulait ajouter quelque chose, puis se ravise.

— Ambre


Elle se retourne vers moi, hésitante.
— Tu regrettes ?

— Quoi ?
— Ce que tu ressentais pour moi avant
 de tout savoir.

Elle prend le temps de la réflexion, se perds une seconde dans ses pensées.

— Non, ce que je regrette, c’est que tu n’aies pas eu le courage de me faire confiance comme moi je t’ai fais confiance.

Sa rĂ©ponse m’achĂšve. A croire qu’elle sait lire en moi comme dans un livre ouvert, avec un sens aigu des failles sur lesquelles appuyer. Je suis Ă  sa mercie.

— Bonne nuit, Jules.
Sa voix se fait plus douce, presque tendre. Ă  son image quand elle ne cherche pas Ă  se protĂ©ger de moi. Je la sens paumĂ©e entre deux mondes, dont un oĂč j’ai peut-ĂȘtre ma place.

— Bonne nuit, lui soufflĂ©-je, plus Ă©mu que je ne le voudrais.
Une nouvelle Ă©nergie m’envahit, un mĂ©lange d’espoir et de dĂ©termination que je n’avais plus ressenti depuis longtemps.

Pour la premiĂšre fois depuis la mort d’Élise, j’ai l’impression que quelque chose peut changer. Que justice peut ĂȘtre rendue. Et je ferai tout pour aider Ambre Ă  y parvenir, quels que soient les risques. Je veux me racheter.

La vĂ©ritĂ© doit Ă©clater. Pour Élise. Pour Ambre. Pour tous ceux qui ont souffert ou souffriront encore si rien n’est fait.

Le match se poursuit sous mes yeux, mais mon esprit est dĂ©jĂ  ailleurs, prĂ©parant le combat Ă  venir. Un combat pour la vĂ©ritĂ©, contre l’impunitĂ© de ceux qui pensent pouvoir tout Ă©craser sur leur passage.

Et cette fois, nous ne les laisserons pas gagner.

La sirĂšne retentit, marquant la fin du match. Les Grizzlis ont remportĂ© la victoire. Autour de moi, les supporters des Loups se lĂšvent, abattus et silencieux. Je reste assis encore un moment, observant les joueurs qui se congratulent ou se consolent sur la glace. Nathan est parmi eux, tĂȘte basse, tapant dans le dos de ses coĂ©quipiers en signe d’encouragement. Une partie de moi se rappelle ce sentiment de dĂ©faite partagĂ©e, cette solidaritĂ© dans l’Ă©chec qui unit parfois plus profondĂ©ment que la victoire.

Je me lĂšve enfin, remontant ma capuche sur ma tĂȘte. La nuit m’attend dehors, froide et claire, les Ă©toiles brillant au-dessus des montagnes. En descendant les gradins, je jette un dernier regard vers l’endroit oĂč Ambre travaillait plus tĂŽt.
Hugo s’y trouve encore, me salue d’un signe de tĂȘte, et je lui rĂ©ponds de mĂȘme. Pas besoin de mots. Son sourire en coin m’en arrache un par rĂ©flexe. S’il savait
 

— Rentre bien, dom juan


— Ta gueule, rĂ©ponds-je en plaisantant.

Si seulement il savait, je ne mĂšne aucune danse, c’est elle qui dirige. 

CHAPITRE 9