Quelque chose de bleu


Un spin-off existe : Cher Oncle Sam (à lire après, de préférence)

Book also Available in Italian


Et si on se mariait… le mois prochain ?

Même pas peur ! Pour épouser Paul, je suis prête à déplacer des montagnes ! Son train de vie survolté ne m’effraie pas !
Amoureuse comme au premier jour, je suis prête à redoubler d’efforts pour tout organiser. Le pauvre travaille comme un forcené pour développer sa brillante carrière d’avocat…
C’est aussi la raison de notre timing ultra serré : il nous fallait caler l’événement entre deux gros dossiers.
N’est pas Paul Vernier qui veut !
Mais il peut me faire confiance, j’aurai tout bouclé à temps.
Nous aurons le plus parfait des mariages express !

En tout cas, c’est ce que je pensais, jusqu’à ce que son demi-frère et témoin, Cameron, débarque des États-Unis avec son groupe de rock
pour me prêter main-forte !
Grâce à lui, un vent de liberté souffle ses bourrasques sur ma vie mise entre parenthèses…
Côtoyer ces artistes dans l’âme ravive en moi des envies d’autre fois, des rêves enfouis.

Et si, durant toutes ces années, j’avais oublié de vivre pour moi même ?
Que se passerait-il si je décidais d’enfin suivre mon cœur ?


Je relève le visage vers mon sauveur : évidemment, qui d ‘autre aurait pu avoir pitié de mon air affolé à un mètre de hauteur… J’offre un sourire digne d’un Jack Sparrow bien éméché à ce cher Cameron.

— Toi, t’es un vrai pote, lui lancé-je avant d’éclater de rire. 

Ma réplique l’amuse et c’est ensemble que nous quittons ce petit bar, le laissant retrouver une quiétude bien méritée. Nos vocalises endiablées et faussées par l’abus de boisson ont sans doute laissé des traces indélébiles dans ce troquet de quartier.

Devant nous : la baie. Là, le bruit des vagues s’écrasant sur le sable assure un fond sonore des plus vivifiants, dans un parfait accord avec la brise glacée qui fouette nos jours, parsemée de fines gouttelettes d’écume. Cette nature forte et maîtresse des lieux symbolise à la perfection la vie et la liberté auxquelles j’aspire, telle une suite logique à la soirée débridée qui vient de s’écouler.

Ni une ni deux, j’enjambe la balustrade de pierres et dévale la pente sableuse de l’autre côté, jusqu’à ce que je sente le sable humide s’enfoncer sous mes bottines. Désireuse d’ôter tout obstacle à mon bien-être, je finis pieds nus. Derrière moi, j’entends Daisy hurler de rire, et Miles se demander ce que je fiche. Non sans mal, je retrousse mon jean et approche de l’eau rendue noire par la nuit, emplie d’une vaillance exacerbée par l’alcool. Plus rien ne me fait peur.

Moi, Lena Cornen, bientôt Vernier, j’affronte désormais la vie sans crainte aucune et avec le désir sauvage de croquer avec délice chaque petite chose qu’elle mettra sur mon chemin.

Je franchis le dernier pas qui me sépare de la grande bleue et crie lorsqu’un voile glacé recouvre mes chevilles. Je m’enfonce un peu plus dans le sable et j’écarte les bras, paupières closes, tête en arrière. Un sourire enfantin s’invite sur mes lèvres alors que les bourrasques fraîches balayent les mèches indociles de ma queue de cheval. Gagnée par l’allégresse de l’instant, je fais volte-face et rouvre doucement les yeux. Derrière le fond sonore joué par les vagues, j’entends des bribes de ce que crient mes nouveaux amis. Spencer se moque clairement de moi et je lui souris en retour. Miles, une main sur le front, semble épuisé et pressé de rentrer se coucher. Daisy, elle, partage ma béatitude, si bien qu’elle enjambe elle aussi la barrière sous le regard blasé de son amant. De son côté, Cameron me fixe, la mine amusée. Je ris à pleins poumons, avec ce sentiment intense d’être la maîtresse du monde, à l’image de Jack dans Titanic.

Soudain, le choc. Un cri strident s’arrache de ma gorge. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qu’il se trame que l’eau s’impose dans mes narines et retentit autour de moi dans un bruit de lave-linge épouvantable. Mes mains touchent le sol, mon visage aussi. Lorsque je peux de nouveau respirer, quelque chose me happe, vers le haut cette fois. Je ne trouve plus rien de drôle ni de plaisant. Ma trachée brûle sous l’effet du sel et de l’eau stagne dans mes conduits respiratoires, me faisant tousser si fort que je crois un instant m’étouffer. Mes yeux pleurent et mes jambes ne portent plus mon poids. Alors quelqu’un le fait pour moi. Une large paume relève mes cheveux dégoulinant pour les plaquer sur ma tête et libérer ainsi mon visage de leur emprise. Avec une difficulté certaine, je recommence doucement à respirer.

— Cette fois-ci, on rentre, miss Phelps[1].


[1] Référence au célèbre nageur américain Michael Phelps

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