Rappel : ce chapitre vous est offert en cours d’Ă©criture et donc, Ă l’Ă©tat brut de correction et de travail Ă©dito. Merci de votre bienveillance. Il sera corrigĂ© et retravaillĂ© plus tard. Bonne lecture.

Chapitre 1
Jâai oubliĂ© ce que câĂ©tait que dâavoir une maison. DĂ©sormais, je me contente de trouver des endroits oĂč survivre un temps.
Et puis je reprends la route avant quâon ne mâarrache tout ce quâil me reste : mon droit Ă dĂ©cider pour moi-mĂȘme.
Le bus freine dans un crissement dĂ©sagrĂ©able qui en dit long sur lâĂ©tat de sa mĂ©canique usĂ©e.
â Willow Creeks ! annonce le chauffeur tandis que le soleil dĂ©cline dĂ©jĂ sur les montagnes.
Jâattrape mon sac Ă dos et descends du vĂ©hicule avec un mĂ©lange dâexcitation et dâinquiĂ©tude, comme Ă chaque fois.
La petite ville typique du Montana pourrait sortir dâune carte postale. Quelques commerces se dessinent dĂ©jĂ devant moi dans la rue principale, un cafĂ©, une librairie, une petite Ă©picerie.
Je nâai pas de temps Ă perdre. La luminositĂ© faiblit dĂ©jĂ .
Jâopte pour le premier dâentre eux. La vitrine dĂ©corĂ©e de quelques guirlandes lumineuses laisse entrevoir un endroit cosy et simple. Ce serait plutĂŽt chouette comme issue.
Jâinspire un grand coup. MĂȘme aprĂšs tous ces mois passĂ©s sur la route, cela me demande un effort consĂ©quent. Mais je connais le process. Je ravale un instant ma timiditĂ©, je me rappelle que je nâai pas dâautre choix et que je ne peux compter que sur moi. Je souffle et je pousse la porte qui dĂ©clenche un carillon peu discret.
Les effluves de cafĂ© inondent lâespace. Des banquettes en feutrine entourent de petites tables oĂč quelques clients profitent dâun moment de convivialitĂ©.
Je me dirige vers le comptoir, hasardeuse, le sourire hissé haut malgré les doutes. Une jeune femme de mon ùge ou à peine plus vielle est e train de taper quelque chose sur la caisse.
â Bonjour, excusez-moi, câest vous qui dirigez cet endroit ?
Ma question lâarrache Ă ses comptes et lui dessine un sourire amusĂ©.
â Heu, non, moi, je bosse juste ici aprĂšs mes cours. Le patron, câest Riley. Il est parti chercher du lait, mais il ne devrait pas tarder. Il y a un souci ?
â Oh, non, aucun, mâexcusĂ©-je presque. Je me demandais juste si, Ă tout hasard, il restait des postes Ă pourvoir. Je cherche un boulot.
Le visage de mon interlocutrice se détend.
â Eh bien, tu peux lâattendre si tu veux en discuter avec lui, mais nous sommes au complet. On vient justement de recruter un serveur hier, pas de chance.
Jâopine en silence, un sourire poli sur le visage.
Mouais, la chance et moi, on sâest toujours cherchĂ©es sans jamais se trouver.
Je la remercie et quitte le petit cafĂ©, qui aurait pourtant Ă©tĂ© un point de chute des plus confortables. Jâessaie de ne pas me dĂ©courager. Jâen ai vu dâautres. Je dĂ©cide de tenter ma chance Ă la petite Ă©picerie. Mais son gĂ©rant, un vieil homme au regard suspicieux, ne mâinspire pas vraiment confiance, et, de toute façon, ne cherche pas dâemployĂ©.
Le froid sâabat sur la rue, en mĂȘme temps que le soleil disparaĂźt. Tout est plus compliquĂ© la nuit. Mais la longueur du trajet en bus ne mâa pas permis dâarriver plus tĂŽt. Je le sais dâexpĂ©rience, pourtant. Les gens sont plus mĂ©fiants passĂ©e une certaine heure. Et plus je dĂ©barque tard quelque part, plus il est difficile ensuite de trouver un lieu oĂč squatter.
Jâaurais aimĂ© trouver un emploi avant demain, et ainsi souffler cette nuit, peu importe oĂč jâatterris cette fois.
Je me heurte Ă plusieurs refus encore, que ce soit dans une station-service, la librairie, ou encore une pĂątisserie. MalgrĂ© ma volontĂ© de bien faire, mes chances sâamoindrissent et mon moral sâĂ©tiole. Non, mais quelle idĂ©e dâĂȘtre venue me perdre dans ce trou Ă rat !
Je me souviens de mes motivations, Ă commencer par celle dâavoir la paix en vivant loin des endroits oĂč lâon pourrait me contraindre Ă faire machine arriĂšre.
Câest dans la boutique Ă©sotĂ©rique dâune quadragĂ©naire originale et un peu perchĂ©e que mon dernier espoir mâest soufflĂ©. Lâendroit pue lâencens, pourtant, le sourire chaleureux de la femme aux longs cheveux grisonnants mâapporte la chaleur dont jâai besoin Ă cet instant.
â Oh, ma jolie, je nâai malheureusement pas les revenus nĂ©cessaires pour employer qui que ce soit. Willow Creeks est une petite ville. Les clients sont peu nombreux. Mais peut-ĂȘtre que tu auras plus de chance au ranch des Whitaker. Avec toutes les activitĂ©s quâils ont lancĂ©es derniĂšrement, ils doivent ĂȘtre dĂ©bordĂ©s.
Je nâose pas mâemballer. AprĂšs toutes ces dĂ©ceptions, je nâai pas envie de tomber trop bas. Certes, je pourrais continuer demain, mais jâaurai bientĂŽt fait le tour des commerces locaux, et sans job, je devrais reprendre la route. Pourtant, cette zone a quelque chose de spĂ©cial, au-delĂ mĂȘme de ses paysages grandioses et de son calme ambiant.
Elle a quelque chose de familier. Et je sais trop bien pourquoi.
â Câest loin ?
â Non, tu en as pour dix minutes Ă pied. Mais il fait nuit, laisse-moi tâaccompagner. De toute façon jâĂ©tais sur le point de fermer la boutique.
Je la remercie et accepte volontiers. Quelques instants plus tard, elle boucle la porte et mâentraĂźne jusquâĂ une petite voiture aussi farfelue que son commerce avec un capot jaune qui tranche avec le reste de la carrosserie rouge.
â Elle me ressemble, sâamuse la femme. Plus toute jeune, mais avec son grain de folie.
Elle mâarrache un vrai rire. Le premier depuis des heures.
Alors, on prend la route et comme elle le disait, quelques minutes plus tard, aprÚs avoir arpenté un chemin terreux, nous arrivons devant une immense arche en bois annonçant la couleur : Whitaker Rescue ranch.
â La bonne nouvelle, dit-elle en coupant le moteur, câest que sâils cherchent des employĂ©s, ils ont pour habitude de les loger⊠enfin si tu as aussi besoin dâun toit.
Son regard en coin luit dâune complicitĂ© bienveillante. Elle ne me pose aucune question, mais une part de moi comprend quâelle se doute que ma situation sâavĂšre⊠particuliĂšre.
Je lui souris en retour et détache ma ceinture.
â Merci, dis-je en ouvrant la portiĂšre.
Le froid sâengouffre aussitĂŽt.
â Attend ! mâinterpelle ma conductrice. Je mâappelle Holly.
Jâopine poliment.
â Je mâappelle River, rĂ©ponds-je par courtoisie.
Un tout petit effort en remerciement du trajet quâelle vient de mâĂ©viter. Câest amusant, mon prĂ©nom semble allumer en elle une petite lueur dâamusement. Dâordinaire, les gens le trouvent bizarre. Mon alliĂ©e atypique a lâair de lâapprĂ©cier.
â EnchantĂ©e, River. Si jamais ils nâont pas de place pour toi, demande-leur dâappeler Holly Miller et je viendrai te chercher. Mon appartement est ridiculement petit, mais il peut dĂ©panner une nuit.
â Merci, me contentĂ©-je de rĂ©pĂ©ter, avant de claquer la porte.
â Bonne chance !
Le sac hissĂ© sur mon dos, le bonnet sur ma tĂȘte, jâentre dans la propriĂ©tĂ©, le cĆur tambourinant. La voiture bicolore sâĂ©loigne dans la nuit dans un pataquĂšs amusant.
Au fond du chemin, jâaperçois une immense grange en bois sur la gauche, et sur la droite, une maison tout aussi gigantesque. Il est dix-neuf heures passĂ©es. Certainement pas une heure dĂ©cente pour toquer chez des gens et leur demander un emploi. Mais ai-je vraiment le choix ? Seulement, un dĂ©tail mâinterpelle rapidement. Aucune lumiĂšre nâĂ©mane des fenĂȘtres.
Je mâapproche malgrĂ© tout et ose gravir les marches du perron. Mais tout semble Ă©teint Ă lâintĂ©rieur. Je toque Ă la porte. Nada.
â Il y a quelquâun ?
Ăvidemment, personne ne rĂ©pond. MĂȘme vers la grange, toute la zone s’avĂšre dĂ©serte.
Serait-ce un éniÚme rendez-vous manqué avec la chance ? Plus que probable.
Je soupire, épuisée, lasse. Je me laisse tomber une minute sur les marches, le regard rivé vers les montagnes bientÎt avalées par la pénombre.
Câest beau ici.
Jâattends dix minutes ainsi, et puis je dĂ©cide de retenter ma chance demain. En attendant, je dois encore trouver oĂč poser mon sac cette nuit. Impossible de contacter Holly. Je ne vois quâune seule solution et elle se trouve devant moi.
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