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Wild crows – 1 – Addiction : chapitre 7

janvier 1, 2018

Chapitre 7

 

Joe

 

J’avais pris le temps d’aller récupérer mes affaires dans ma Comet et de les amener à l’appartement. Cela m’avait fait tout drôle de remplir les placards et la penderie de la chambre. Le fait d’emménager n’était pas anodin. Encore moins, si loin de la vie que j’avais menée des années durant, et que je menais hier encore. Loin de Saddie, de la maison de mon enfance, de maman. Et si près de cet inconnu qui serait désormais ma famille. Il semblait l’accepter, pour mon plus grand soulagement. Comment pouvait-il aussi bien digérer pareille nouvelle ? C’était incroyable, et pourtant… Il avait dû en voir de toutes les couleurs dans la vie pour rebondir aussi vite et avec autant d’aisance. Le four micro-ondes m’annonçait l’heure : 18:05.

Je devais me lancer. La fatigue se ressentait dans chacun de mes muscles, mais je décidai de l’ignorer. J’aurais tout le temps de me reposer plus tard. Là, tout de suite, maintenant, la seule chose que je désirais, c’était passer du temps avec mon père. Et si cela impliquait de lui filer un coup de main au bar, ainsi soit-il, je le ferais. Je n’aurais pas de meilleure chance de toute façon. Quitte à avoir parcouru une telle distance pour lui, je me devais de m’investir dans notre relation naissante. Je pris tout juste le temps de savourer une bonne douche, et de me changer. Je passai une veste et dévalai les marches en bois après avoir pris soin de fermer à clé derrière moi. Fille de Jerry ou non, je ne pouvais pas pour autant certifier que ses hommes m’inspiraient confiance. Loin de là.

L’enseigne en néon rouge du Devil’s Trip clignotait toujours, annonçant clairement le type de lieu auquel il fallait s’attendre en passant la porte. Je préférais néanmoins me dire que le jeu de mots douteux que je tirais du nom de l’endroit n’était que le fruit de mon imagination. Je poussai la porte en verre et fus aussitôt happée par une chaleur impressionnante. Pas mal de monde était déjà arrivé. La plupart des tables étaient occupées, beaucoup d’hommes a priori. De rares femmes installées ici et là. Le blouson de cuir semblait être le symbole de l’endroit, et quelques foulards dignes des années 90 aussi. Une musique folk country résonnait dans les gros baffles. Peu à l’aise, je traversai la pièce, sentant sur moi le poids de plusieurs regards. Je ne pris pas la peine de me retourner vers mes observateurs et avançai en direction de Jerry, accoudé au bout du comptoir. Lorsqu’il me vit arriver, il jeta un bref coup d’œil vers la femme qui se tenait de l’autre côté du bar ; je compris aussitôt. Jerry m’offrit un sourire presque gêné, mais malgré tout chaleureux. Il posa sa large main sur mon épaule, et se tourna vers celle que je soupçonnais être sa femme.

— Joe, je te présente Mona.

— Sa compagne, crut-elle bon de préciser.

Je la rassurai d’un sourire, et lui serrai la main.

— Je suis ravie de vous rencontrer.

— Mais… moi de même.

Le large sourire que Mona afficha démontrait autant de sincérité que de méfiance. Je devrais sans doute faire mes preuves. Il n’aurait pas pu en être autrement. Jerry passa furtivement derrière le comptoir et l’embrassa sur la joue, avant de lui murmurer quelque chose à l’oreille. Me sentant de trop, je détournai le regard.

— Allez, suis-moi, me lança ma belle-mère. Je vais tout t’expliquer pour ce soir.

Jerry me gratifia d’un clin d’œil et fila à travers la salle. Je rejoignis Mona, gagnée par une timidité évidente. Je débarquai dans sa vie sans prévenir. Un témoin du passé de son mari dont elle aurait sans doute préféré ignorer l’existence. Comment ne pas comprendre la réticence qui entravait son sourire ? Elle devait avoir une cinquantaine d’années. Mona portait de longs cheveux bruns relevés en une queue de cheval, le tout bombé sur le dessus comme une pin-up. De larges boucles d’oreilles brillaient de chaque côté d’un visage marqué par le temps, mais maquillé avec soin. Ses vêtements, noirs évidemment, lui conféraient l’apparence d’une jeunette, jouant sur des détails rock’n roll à souhait. C’était une belle femme ; dans un genre unique, bien entendu. Elle me montra la manière dont étaient rangées les diverses boissons que je serai amenée à servir. Je la rassurai en lui expliquant avoir déjà travaillé derrière un bar, ayant en l’occurrence, une expérience de base pour ce poste. Je pouvais utiliser les différentes machines sans mode d’emploi, et répondre sans hésitation à toutes sortes de requêtes composées de glaçons et d’alcools divers. Elle parut se sentir soulagée de ne pas devoir tout m’apprendre.

— Tu vas nous être utile, me glissa-t-elle en sortant un panier de verres propres de la machine. Le samedi soir, c’est souvent la folie, ici. Ils viennent tous voir le show. Toute seule, ce serait compliqué. Dans l’idéal, il faudrait aussi une troisième serveuse, mais en ce moment, les finances manquent.

J’opinai poliment, mais la curiosité l’emportait.

— Quel show ?

Mona marqua un temps d’arrêt, ma question attirant son intérêt.

— Qu’est-ce que t’a expliqué Jerry, au juste ?

Je cherchai un instant où elle voulait en venir.

— Comment ça ?

Face à ma question, elle essuya un petit rire amusé qui ne me rassurait guère.

— Comment t’a-t-il présenté les choses ?

J’inspirai, craignant de plus en plus ce qu’elle s’apprêtait à me dire.

— Qu’il gérait un bar, un club de moto, le motel à côté et le garage.

— Pour ça, on est d’accord. Mais pour le Devil’s Trip ?

— Quoi, le « Devil’s trip » ?

Les doutes ressentis avant mon entrée commençaient à se vérifier. Je n’aimais pas cela.

— Ma chérie, c’est un bar de strip-tease. Du moins, le samedi soir. C’est ce qui nous permet, entre autres, de renflouer les caisses.

Génial. Le jeu de mots douteux n’était donc pas le fruit du hasard. J’étais aux anges. Mon père était donc le leader d’un club de motos, et le gérant d’un bar de strip-tease. Je commençais à espérer que les révélations le concernant n’iraient pas plus loin dans le côté glauque. Je tentai de garder un air serein devant celle que je devrais considérer comme une « belle-mère », mais elle se rendit sans doute compte de mes doutes.

— Ils sont tous là pour ça, donc, conclus-je.

— Un peu ! lança-t-elle sans la moindre manière avant de rire.

C’est là que je découvris le fameux Pacho. Un homme robuste au teint hâlé, une bonne quarantaine d’années et des joues rondes. Il me proposa un petit en-cas et j’acceptai volontiers. Quelques minutes plus tard, avec un sourire franc, il m’apporta les meilleures enchiladas que je n’avais jamais mangées. Je le qualifiai de « dieu des enchiladas » en lui ramenant l’assiette que j’avais dévorée debout face au comptoir et je compris aussitôt qu’il serait un ami de choix. Lorsque je revins, je retrouvai Mona, un calepin rempli de notes à la main. Elle le posa devant moi, et me jeta un air de défi.

— À toi de jouer, miss Oregon.

J’accusai le coup de ce nouveau surnom et m’activai. Ce fut un sans-faute.

Mona se chargea d’apporter le plateau à la tablée un peu plus loin. Pour ça, il me faudrait un peu d’entraînement, sans doute. Un duo de cuir s’approcha alors du comptoir. Un grand blond, la tête rasée sur les côtés, une petite barbe, et des tatouages jusque dans le cou, et sur les avant-bras. Je reconnus l’un des hommes aperçus au garage plus tôt. Une petite quarantaine d’années accompagnaient sa démarche trop assurée et son sourire charmeur. Avec lui, je reconnus le quinquagénaire aux boucles brunes déjà aperçu plus tôt dans la journée. Je m’affairai à servir deux bières pour un couple à l’autre bout du comptoir. Le temps que je revienne vers les deux membres du club, Mona était de retour. Le grand brun la serra dans ses bras chaleureusement, et elle le gratifia d’un baiser sur le front. Leur complicité m’étonna. Puis le blond l’embrassa sur la joue.

— Alors, comme ça tu recrutes la petite nouvelle ? finit-il par lancer en me jetant un regard.

La patronne se retourna vers moi, un large sourire sur les joues, avant de répondre aux deux curieux en hochant la tête. Agacée par le fait que l’on me désigne comme un objet, j’avançai d’un pas pour me mettre au niveau de Mona.

— C’est bien moi, la nouvelle, dis-je dans un sourire qui sonnait faux. Joe.

— C’était pas vraiment une question, Joe, fille de Jerry, plaisanta le blond.

Je pouvais le deviner à son regard trop fier, il était le tombeur de ces dames qui roulait des mécaniques pour séduire de jolies créatures à les exhiber en public. Je n’étais pas fan des a priori, mais celui-ci n’en était pas vraiment un. J’avais simplement horreur des machos en puissance, et des types qui s’estimaient au-dessus du lot. Et c’est bien ce que mon interlocuteur dégageait, là, tout de suite.

— Joe, voici Mack et Ash, m’annonça Mona.

Je les saluai poliment. Ils commandèrent à boire et nous les servîmes. Puis, trois filles approchèrent à leur tour, rejoignant les deux mâles et leurs pichets dorés. Une fois encore, je contrastai avec la mode locale. S’il me manquait du cuir et des tatouages pour me fondre dans la masse du club, j’avais en revanche bien trop de tissu pour me mêler à ce qui semblait être des groupies habituées des lieux. L’une d’entre elles arborait un short en jean si court que ses fesses débordaient en dessous. Mais non contente de dévoiler l’intégralité de ses jambes, elle avait aussi jugé bon de relever un chemisier au-dessus du nombril en le nouant, son soutien-gorge apparaissant en dessous. Le summum de l’élégance. Ses deux amies n’avaient rien à envier à son goût pour la légèreté côté textile. Mais ce n’était pas ce qui me choqua le plus. Si l’une d’elles s’approcha du prénommé Mack comme s’il s’agissait de sa petite amie — ce qui en l’occurrence, était fort possible — les deux autres enlacèrent Ash, le grand brun plus âgé, de manière plutôt suggestive. Je jetai un rapide coup d’œil à Mona, mais déjà, elle repartait prendre une commande plus loin.

— Les filles, voici Joe. Soyez sympas, elle vient juste de débarquer. Et c’est la fille du chef.

Voilà donc que le charmeur de service me présentait à ses copines. Je souris de nouveau, par politesse, histoire de saluer ces demoiselles comme il se devait. Je travaillais, ils étaient mes clients, je suivais donc la logique commerciale de base. De plus, je débarquais. Je devais faire mes preuves. Et autant ne pas se faire haïr par la majeure partie du groupe d’entrée de jeu, si je voulais avoir une chance de rester un peu auprès de Jerry. La jolie blonde trop maquillée qui s’accrochait fermement aux épaules de Mack m’offrit un franc sourire et me gratifia d’un bonjour. Les deux qui entouraient Ash me jetèrent un simple coup d’œil histoire de voir de qui il était question. Gratifiant. L’une d’elles murmura quelques mots à l’oreille du biker, déclenchant aussitôt un sourire chez ce dernier. J’avais l’impression d’étouffer dans cet endroit, mais je me forçai à prendre sur moi. Ne pas me laisser impressionner. Le fossé des mondes se creusait, je devrai le traverser si je voulais réellement connaître mon père. C’est alors qu’une armée de sifflets retentit dans la salle. La lumière se tamisa. Les épais rideaux de l’estrade s’ouvrirent machinalement, et deux filles vêtues en écolières et perchées sur de hauts talons firent leur apparition, attirant bien évidemment tous les regards vers elles. Un son folk et cuivré s’élança dans l’air, je crus reconnaître les voix suaves de Curtis Stigers et des Forest Rangers unis pour leur titre « John the Revelator ». Je ne connaissais peut-être rien à la moto, ni à ce monde de la nuit douteux, mais les classiques de folk country se relayaient sur mes playlists depuis des années. La testostérone présente s’enflamma dès le premier morceau de tissu enlevé. Et lorsque les poupées dénudées s’aventurèrent au plus près des tables, les sifflets et incitations en tous genres fusèrent. Je soupirai. Étrangement, ni Mack, ni Ash, ne prêtaient réellement attention au spectacle. Sans doute étaient-ils déjà trop habitués. Tandis que je les observai, curieuse, Mona me donna un coup de coude et se pencha vers moi.

— Tu t’y feras, ma belle. Ce monde est bien différent de celui duquel tu viens.

Le clin d’œil qu’elle m’offrit m’intrigua. Quelle pouvait bien être son histoire ? Comment avait-elle rencontré mon père ? L’avait-il séduite avant de succomber au blouson en cuir ? Avant de prendre la tête des Wild Crows ? Elle semblait bien vivre la situation, et avoir trouvé sa place dans ce décor pourtant viril et masculin. Je profitai de sa proximité pour m’autoriser certaines questions.

— Est-ce que ces filles sont des…

— Putes ? finit-elle pour moi, le regard plein de défi.

— Ouais, admis-je, gênée.

Mona fit mine de réfléchir un instant.

— Si l’on part du principe qu’une pute se fait payer pour ses services, alors non, elles n’en sont pas.

Je manquai m’étouffer.

— Je ne suis pas certaine de comprendre…

Ma nouvelle belle-mère leva les yeux au ciel, me trouvant sans doute bien naïve. Tant pis. Autant en apprendre plus de la bouche d’une femme que de me rabaisser à me renseigner auprès des machos qui peuplaient le bar. Un sourire mutin sur les lèvres, elle me donna quelques précisions supplémentaires.

— Disons que si l’on enlève la question de la rémunération, oui, on peut les qualifier de petites putes.

Son franc-parler et l’amusement qui gagnait ses traits en parlant ainsi me choquaient, mais je pris sur moi pour ne rien montrer.

— Elles… se prostituent sans être payées ?

Là, quelque chose m’échappait certainement. Mona confirma mes doutes.

— Ici, ma chérie, les filles s’entretueraient pour devenir la régulière d’un des garçons assis dans ce bar. Tu saisis ?

Waouh. Je restai muette un instant, complètement abasourdie. Et ce terme. « Régulière »… cela me faisait penser à un plan régulier, certainement pas à une relation sérieuse. C’était déshumanisant pour les femmes concernées. En avaient-elles seulement conscience ? Visiblement pas. Se souvenaient-elles encore de la manière dont les gens « normaux » vivaient dehors, hors des frontières du club et de ses codes si particuliers ? Le savaient-elles au moins ?

— Pourquoi ? osai-je après quelques secondes, incrédule.

Mais la femme de mon père haussa les épaules comme si cela coulait de source.

— Ce sont les Wild Crows, chérie, ce sont les dieux dans cette ville. Ils dirigent tout. Le comté même leur appartient.

Je ne répondis rien, mais elle finissait de me convaincre d’une chose : j’étais à l’orée d’un monde dont je ne maîtrisais rien, et dont je ne comprenais pas les coutumes. Tout me semblait exagérément vulgaire, dérangeant même. Au bout d’un certain temps, je réalisai alors la position de Mona dans ce joyeux bordel.

— Elles veulent être comme… toi ?

Ses « chérie » et « ma belle » à répétition avaient eu raison de mon envie de la vouvoyer.

— J’imagine, ouais. En quelque sorte. Les garçons les surnomment les « sweeties [1]». Des friandises pour s’occuper, en gros. C’est une façon d’appeler ces filles faciles dans le milieu. Prêtes à tout pour être l’élue, plaisanta Mona, un peu moqueuse. Tu sais, ma place, je l’ai gagnée, me confia-t-elle, le regard lointain, et la mine plutôt fière. Ton père était un vrai Don Juan. Les filles, il les attirait comme des aimants, sans rien faire. Mais j’étais la seule à lui tenir tête. Il faut croire qu’il n’aime pas ce qui est trop simple.

— Un bon point pour lui, conclus-je.

Nous nous sourîmes, presque amicalement. C’était étrange. Tout ici l’était. La journée entière l’était. Je m’étais levée ce matin avec le désir de rencontrer mon vrai père, après vingt-sept années de silence. Le choc n’avait duré pour lui que quelques minutes, après quoi, il m’avait gentiment proposé de m’héberger, en me demandant de lui filer un coup de main. J’avais accepté le plus naturellement du monde. Je venais tout juste de rencontrer Mona. Et derrière ses airs de dure à cuire semblait se cacher une femme proche des gens et à la langue bien pendue. Elle m’avait acceptée avec une facilité déconcertante. Ce soir, on m’offrait une place en claquant des doigts, et je ne me pouvais pas la refuser. Je me devais de foncer, d’entrer pleinement dans son monde à lui. Il ferait désormais partie de ma vie, ça, j’en étais certaine, à moi de faire partie de la sienne.

Mona revint après avoir servi un client plus loin.

— Tu sais, c’est un monde à part, Joe. Il y a des codes à respecter. Une hiérarchie aussi. Si tu veux, je t’apprendrai.

Je l’observai, intriguée.

— Merci.

— De rien. Mais avant tout, va servir la table qui vient d’arriver à l’entrée. On ne te paye pas pour bavarder.

Un nouveau clin d’œil et Mona fila changer le fut de bière, aidée par Mack qui avait délaissé sa sweetie pour l’occasion.

— On t’expliquera tout, tu verras, la môme. C’n’est pas si compliqué.

Je me retournai vers Ash, surprise d’entendre de nouveau sa voix suave et éraillée. Ce type devait avoir entre quarante et cinquante ans. Ou bien peut-être plus. Mais son look extravagant devait le rajeunir. Sur des traits saillants, un regard d’un bleu éblouissant faisait de l’ombre aux marques de l’âge. La gueule cassée d’un gangster et le sourire bercé par le vice, il ne m’inspirait pas confiance. Je lui souris poliment et me dirigeai vers le petit groupe qui venait d’entrer. Deux hommes, deux femmes, Stetson sur la tête, et un parfait look texan. Je notai leur commande sur mon calepin et filai en cuisine l’annoncer à Pacho. Lorsque je réapparus au comptoir, dans l’attente des plats, la voix de Mack me parvint, en dépit des sifflets envoyés de toutes parts à la strip-teaseuse.

— Ça te choque ?

Je le dévisageai, incrédule.

— De quoi tu parles ?

— De la manière dont se comportent les filles, ici.

Je jetai un bref coup d’œil aux alentours. Ash avait disparu, probablement en charmante compagnie. La blondinette accrochée à Mack depuis le début n’était plus là non plus. Avant même que je ne puisse répondre, il essuya un rire impétueux.

— Tu t’y feras, glissa-t-il, taquin.

— N’en sois pas si sûr.

— Tu mets les pieds dans notre univers, à toi d’en accepter les règles.

Était-ce là un avertissement ou quelque chose du genre ? Quoi qu’il en soit, il avait raison sur ce point.

— Je les accepterai. Pas sûre en revanche que je les suive toutes.

De nouveau, un sourire barra sa large mâchoire recouverte d’une barbe blonde. Cette fois-ci, il s’amusait.

— Je n’en attendais pas moins.

Sans un mot de plus, il rejoignit la grande tablée où sept ou huit hommes portaient un blouson à l’effigie des Wild Crows.

— Mack est un sale gosse, me murmura alors Mona à l’oreille, me faisant sursauter par la même occasion. Un sale gosse craquant, mais un sale gosse tout de même.

Dans un sourire complice, elle me délaissa de nouveau pour servir un nouveau client au bout du comptoir. Cela faisait beaucoup de « sale gosse » pour une seule personne. C’était donc peu dire. De toute façon, la malice qui animait ses prunelles n’augurait rien de bon. C’était un joueur né, cela se ressentait. Il adorait les défis et la provocation, j’en aurais mis ma main au feu. Je ne lui ferai pas le plaisir d’en être un de plus sur son grand tableau de trophées. Pacho m’interpella, les tacos et le burger étaient prêts sur le passe-plat. Je me dépêchai de tout apporter aux clients qui s’impatientaient déjà.

 

 

[1] Les Sweeties sont les filles qui gravitent autour des membres d’un club de motos. En échange de leur protection, et selon les clubs, elles répondent à toutes sortes de requêtes de la part du club.

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Chapitres : 1234 – 567 89

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